Blog-notes

19 mai 2012

Tolérance

Le sens de la complexité, des différences et des nuances, est le fondement même de la tolérance. Un esprit manichéen, "binaire", qui oppose diamétralement tout, est intolérant, quel que soit le "camp" dont il se réclame. Quand on croit qu'il y a des méchants absolus, par essence, par naissance, on croit, fatalement, qu'il y a des bons absolus aussi. Alors, il n'y a plus besoin de discuter, d'argumenter, de prouver : un certificat d'appartenance au bon bord suffit.

Les étiquettes que nous collons sur elles par commodité nous empêchent de voir les choses telles qu'elles sont. Etre tolérant, c'est d'abord décoller les étiquettes et poser sur les choses un regard vierge, neuf, "objectif". C'est plus facile à dire qu'à faire, mais la tolérance n'a jamais été facile, sinon elle ne serait pas une qualité (c'est-à-dire une finalité), mais une caractéristique commune (c'est-à-dire un moyen).

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09 mai 2012

Pensées diverses 30

Le "vous" protège de la familiarité. C'est une sorte de barrière, dont les gens de qualité se passent fort bien, mais dont les autres ont peut-être besoin pour rester courtois !

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Nous ne sommes généralement pas responsables du mal qui nous frappe, mais nous pouvons et devrions l'être de son... traitement. C'est là que se situe la vraie responsabilité : pas "en amont", mais "en aval" du mal.

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Résister à un agresseur, c'est résister au principal effet de l'agression : la régression intellectuelle et spirituelle. Surmonter cet effet-là, c'est gagner virtuellement la partie. C'est en restant aussi ferme que courtois, civilisé, juste et rigoureux dans son discours qu'on désarme l'autre et le démasque, s'il persévère. Et un agresseur démasqué en tant que tel est un agresseur au pied du mur.

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"Vous faites la morale !" Parfaitement ! Il ne faudrait pas donc la faire, mais la laisser se défaire ? Morale n'est pas un gros mot ! Se conduire moralement, c'est-à-dire bien se conduire, est un idéal, un absolu qu'on essaie de réaliser autant que possible dans le relatif, pour vivre comme un homme. On a bien sûr le droit de "péter les plombs", comme on a le droit à l'erreur. Loin de moi de jeter la pierre à qui que ce soit. Chacun fait ce qu'il peut, mais il faut être aussi indulgent qu'exigeant. Sinon, on n'a plus de boussole et on se perd.

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La première condition pour venir à bout de la bêtise et de la méchanceté, c'est de résister à la tentation-piège d'utiliser leurs armes, de se mettre à leur (bas) niveau. Dès qu'on commence à parler et à agir comme elle, la bassesse a gagné.

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25 avril 2012

Décision et contrainte

Il y a toujours une part de contrainte dans les choix que nous faisons : celui qui n'a pas d'ailes ne saurait faire le choix de l'oiseau ! La possibilité de partir incite à le faire (l'occasion fait le larron) et la difficulté de partir incite à rester ! On pourrait multiplier les exemples. Nous sous-estimons trop, quand nous ne la nions pas, la part de la contrainte dans nos décisions. C'est fâcheux, car c'est précisément dans la mesure où nous en avons conscience que nous pouvons la relativiser et décider aussi librement que possible.

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Non seulement la contrainte joue un rôle déterminant dans la décision, mais on ne pourrait pas décider sans contrainte. Si vous pouvez faire n'importe quoi, vous n'avez aucune raison de faire quelque chose. C'est dans la mesure où on ne peut tout choisir qu'on fait finalement un choix. La bonne décision est, au fond, la seule possible, tout bien considéré. Si, en effet, on pouvait analyser toutes les données avec une extrême précision, on parviendrait probablement à la conclusion qu'une seule décision est la bonne.

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18 avril 2012

La suffisance des incomprenants

Ne pas comprendre une chose n'autorise pas à la décréter incompréhensible. Il faut avoir l'humilité de dire : "Je ne comprends pas". Celui qui dit qu'il ne comprend pas est humble, celui qui dit que c'est incompréhensible est terriblement prétentieux, et celui qui dit qu'il n'y a rien à comprendre est monstrueusement suffisant. On a le droit de rester muet devant les mystères de la vie, mais pas celui de faire de sa mutité une religion.

Il est extrêmement prétentieux de penser que le monde est inintelligible, car seul un être absolument intelligent est fondé à juger que ce qu'il ne comprend pas est incompréhensible. C'est paradoxalement celui qui croit que le monde est (relativement, car infiniment) intelligible qui est humble, car il ne se met pas au-dessus de la Création et de son Créateur.

C'est non seulement prétentieux mais c'est aussi blasphématoire, car pourquoi Dieu nous aurait-il donné l'intelligence, et son corollaire : le désir de comprendre, si les grandes questions que nous nous posons devaient rester sans réponse ? Pourquoi nous aurait-il créés pensants et curieux ? Pour le plaisir pervers, sadique, de frustrer notre curiosité ? Dieu serait donc sadique, cruel, méchant : Dieu ne serait pas Dieu.

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10 avril 2012

La photo de Baudelaire

Une photo de Baudelaire par Nadar. Je regarde le poète. Je suis troublé. Pourquoi ? D'abord sans doute, parce qu'il s'agit d'un personnage prestigieux. Ensuite, parce qu'il s'agit d'un autre temps que le nôtre, d'une époque dont le mode de vie a complètement disparu. Une époque antérieure à la photo, et que la photo, entre autres innovations techniques, a contribué, justement, à faire disparaître. Autrement dit ce qui aurait permis de voir cette époque "en réalité" (par opposition à en... peinture) est ce qui en a causé la disparition ! D'où, les rares photos qu'on a de ce temps-là ont une valeur inestimable, parce qu'elles nous montrent la "réalité" d'un monde qu'on ne peut, à ces rares photos près, qu'imaginer. C'est un peu, toutes choses égales d'ailleurs, comme si on retrouvait une photo de... Jésus ou de Bouddha.

Nul doute que la personnalité exceptionnelle de Baudelaire et la fascination exercée par le personnage sont pour beaucoup dans le trouble que j'éprouve. Il est sûr que la photo du... coiffeur de Baudelaire ne me troublerait pas autant. Mais elle me troublerait quand même. Parce que c'est, encore une fois, le fait de voir les traits "réels" (et non peints ou dessinés) d'une personne ayant vécu il y a presque deux cents ans, dans une époque où la photo balbutiait et où on n'en prenait pas beaucoup - une époque, de ce fait, "mystérieuse", d'autant plus que la modernité, qui naissait, l'a balayée -, c'est ce fait là, à mon sens, qui est troublant. Ce qui me trouble, c'est de voir la "réalité" de ce que j'avais jusque là seulement imaginé. Plus on imagine une chose et plus on est surpris par sa réalité. Ceux qui n'imaginent pas, qui se contentent de "voir", ne sont jamais surpris ! Imaginer les choses non seulement ne réduit pas l'émotion qu'elles procurent "en réalité" , mais la multiplie ! L'imagination n'est pas un ersatz de la réalité, mais son coefficient !

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06 avril 2012

L'espoir


L’espoir n’est pas l’absence de crainte

mais la crainte surmontée

Il n’est pas l’absence de plainte

mais la plainte transformée en chant

L’espoir n’est pas la certitude du meilleur

mais l’appréhension du pire contrebalancée

L’espoir n’est pas l’insouciance

mais le souci combattu par la raison et la foi conjuguées

L’espoir n’est pas le sommeil de l’esprit

mais son plus haut degré d’éveil

La confiance est la conscience

dans sa plénitude

 

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05 avril 2012

Le hasard et la vie

Les jours se suivent sans jamais se ressembler : il n'y a pas plus de jours identiques que d'empreintes digitales semblables. La vie est une perpétuelle invention. Le hasard, l'imprévu, l'inattendu, est l'essence même de l'existence : si les jours se reproduisaient, il n'y en aurait qu'un seul, c'est-à-dire pas de vie.

Mais ce hasard qui tisse nos vies, qui les fabrique, qui nous construit, ce hasard intelligent et créateur, ce hasard permanent, régulier peut-il être un hasard, c'est-à-dire n'importe quoi ? D'ailleurs, n'importe quoi est-il possible ? Que signifie n'importe quoi ? Tout ce qui existe n'a-t-il pas nécessairement sa place, son rôle à jouer dans l'existence ?

Le hasard, l'imprévu, peut-il être autre chose qu'une nécessité nouvelle, la nécessité de l'avenir, que nous ne saurions donc prévoir ? Car nous prévoyons à partir du passé, et l'avenir, qui le dépasse par définition, est forcément imprévisible.

Mais comme "la nature ne fait pas de sauts", il est possible dans une certaine mesure de le prévoir : en faisant attention aux menus hasards qui le précèdent et l'annoncent, comme, sur la route, des poteaux indicateurs, des bornes, des repères divers nous guident.

Si nous faisions attention à tout ce qui le prépare, nous ne serions sans doute jamais vraiment surpris par l'avenir. 

 
 

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28 mars 2012

De Dieu

Dieu ne peut être que bon, la bonté étant l'essence même de la divinité. Le problème, c'est qu'il n'est pas tout-puissant, en tout cas au sens où nous l'entendons. Si Dieu est infini, il est donc imparfait. Dieu, parce qu'il est illimité, a toujours des limites, des limites qu'il dépasse sans cesse, mais qui, comme l'horizon, quand on avance vers lui, ne font que se déplacer.

Le "mal", ce sont ces limites, ces frontières de la puissance divine, qu'il finit toujours par franchir. La Création est un combat incessant contre les limites, la finitude. Le "mal" ne prouve pas l'inexistence de Dieu ou sa méchanceté, mais au contraire son existence, car c'est parce qu'il y a de l'illlimité qu'il y a des limites, parce qu'il y a de la lumière qu'il y a de l'ombre.

Il faut laisser le temps à Dieu, car il travaille lentement, comme dit une sentence biblique. Car il crée, c'est-à-dire construit, les choses : c'est un bâtisseur et non un magicien ! La puissance de Dieu est sa patience : Dieu est tout-patient !

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15 mars 2012

Pensées diverses 29

"Préférer", c'est, au fond, vouloir remplacer une chose par une autre, trouver qu'il y a une chose, des choses de trop, ne pas aimer, comprendre, la diversité, c'est-à-dire la vie. La "préférence" a quelque chose de mortifère. Je ne préfère rien : je m'efforce de tout concilier, de donner un sens et de faire une place à tout, même - surtout ! - au pire. C'est peut-être ça, concrètement, la philosophie.

*

Le fond des choses ne change pas; c'est leur forme qui change, sans cesse. Selon qu'on considère le fond ou la forme, on peut dire de la vie qu'elle est un perpétuel recommencement ou un perpétuel changement.

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On peut avoir de la sympathie, de l'empathie pour les Palestiniens sans éprouver d'antipathie pour Israël ! Les gens ont du mal à ne pas pencher d'un côté ou de l'autre : c'est plus facile, plus reposant, d'être d'ici ou de là que d'être d'ici ET de là et de devoir sans cesse écouter et concilier les deux sons de cloche ! Il est difficile d’être juste : gardons-nous de la facilité !

*

Il y a une beauté diabolique, la beauté du diable. Il faut se méfier de la beauté. La vraie est discrète; la beauté voyante est la fausse, c'est-à-dire le masque de la laideur.

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Il est très rare quand on a été con de ne plus l'être. S'il y a des gens qui ne changent pas, ce sont bien les cons ! L'autocritique, donc le progrès, est le propre de l'intelligence : le con, c'est-à-dire l'imbécile, ne remet en question que les autres, pour, justement, ne pas se remettre en question lui-même, pour ne pas changer, pour rester... con ! On est con par hasard, mais on le reste par nécessité !

 

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09 mars 2012

Réponses à des lecteurs

Pourquoi diable faudrait-il sortir de l'"égo" ? Pour entrer dans quoi d'autre, pour aller où ? Le mal n'est évidemment pas l'égo lui-même, mais sa finitude, ses limites : il ne s'agit pas de sortir de l'égo mais de l'élargir, de l'ouvrir. Sortir de l'égo, c'est sortir de soi, de son être, entrer dans le néant. Ouvrir l'égo, c'est être avec un grand E, c'est-à-dire devenir. Vous avez le droit de préférer le néant à l'être, mais n'en faites pas, de grâce, une philosophie, a fortiori la philosophie (pardon, la "spiritualité") ! (A un anti-égo)

 *

Il ne s'agit pas bien sûr pas d'empêcher le naufrage, inexorable, du corps, mais de le compenser. Et cette compensation n'a rien d'un mensonge, d'un aveuglement, puisqu'il ne s'agit pas de nier la décrépitude du corps mais d'en nourrir son développement spirituel... comme Néron a nourri sa poésie de l'incendie de Rome ! (A un ami-lecteur)

*

Il va de soi que l'état d'esprit est influencé par l'état du corps. Mais si l'esprit ne jouissait pas d'une autonomie relative, nous ne serions pas libres, c'est-à-dire humains. Et si cette autonomie est réelle, comme elle est, fondamentalement, notre pensée/volonté même, elle ne peut exister que dans la mesure où nous la postulons. Il nous faut donc, en tout état de cause, postuler cette autonomie, c'est-à-dire penser et faire comme si nous étions assurés de son existence. (Au même)

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