Blog-notes

19 janvier 2012

Pensées diverses 28

L'espoir n'a rien à voir avec l'état du monde, l'état de choses. C'est, comme la jeunesse, un état d'esprit. On espère parce qu'on espère, parce que c'est dans l'ordre des choses de la vie, parce qu'espérer c'est vivre. Que m'importe que mon espoir se réalise ou non : l'important est d'avoir espéré, pensé et agi avec espoir.

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Le pessimisme est naturel : la nature est bête et méchante, désespérante. L'optimisme, comme disait Alain, est affaire de volonté. Quand il s'agit des hommes, ces êtres de culture, de l'humanité, l'optimisme est plus réaliste que le pessimisme.

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La pitié est une des formes de l'attention, et l'attention est l'essence de l'amour. Qu'est-ce que l'amour sans compassion ? La passion, c'est-à-dire le désir, égoïste, brutal, bestial, cruel. Ce sont les faiblesses de l'autre qui nous attendrissent, qui font naître en nous la tendresse, c'est-à-dire l'amour humain.

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L'individu tout seul n'est rien. L'individu noyé dans la masse n'est personne. La masse est impersonnelle, c'est-à-dire inhumaine, barbare. L'être humain est l'individu relié aux autres individus, et le vrai collectif est ce qui relie les individus sans se substituer à eux : l'intelligence concrète, autrement dit l'Amour.

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11 janvier 2012

Pensées diverses 27

Voir n'est pas connaître. La vue nous donne des "informations", mais c'est la pensée qui, en les organisant, fait de ces informations de la connaissance. C'est pourquoi les apparences peuvent nous induire en erreur : ce qu'on voit peut être très différent de ce qui est. Parce que non seulement il faut voir tous les aspects d'une chose, mais il faut encore les relier, ce qui est l'affaire de l'intelligence.

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Une discussion n'est pas une joute verbale mais le moyen, pour tous les participants, d'approfondir, c'est-à-dire d'élargir, sa pensée. Discuter suppose non seulement qu'on est prêt à bouger ses lignes, mais qu'on souhaite le faire. De la discussion jaillit la lumière : on discute pour faire jaillir la lumière au bénéfice de tous et non pour imposer la sienne aux autres.

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Ceux qui hésitent pour les petites questions que pose la vie sont souvent très sûrs d'eux pour les plus grandes. Plus une question est grande et plus on a tendance à la trancher légèrement. Nous ne savons rien de Dieu, nous n'avons à son sujet que des hypothèses, mais nous sommes sûrs de son existence ou de son inexistence. Toute affirmation catégorique sur le Créateur s'infirme elle-même. On ne connaît pas Dieu, c’est pourquoi on croit en lui : croire, c'est ne pas être sûr, c'est douter, et, dans le doute, faire un pari, un voeu.

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L'amour ne dure que s'il a une autre fin que lui-même. Pour s'aimer durablement, il faut faire quelque chose ensemble, avoir besoin l'un de l'autre pour faire ce qu'on fait. Ceux qui ne font que l'amour - ou des enfants – ensemble ne s'aimeront pas longtemps.

 

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24 décembre 2011

Pensées diverses 26

Le bonheur est comme une fleur, qui meurt quand on la cueille. Il faut accueillir le bonheur, mais ne pas chercher à le cueillir, c'est-à-dire à le posséder. On ne possède que sa dépouille. Rien n'est plus étranger et néfaste au bonheur que la possessivité du consommateur !

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Les ombres délimitent la voie à suivre, comme les platanes délimitent la route. C'est entre des ombres, c'est-à-dire des écueils, que nous avançons, avancer consistant à les éviter. "Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche !" criait le prince Philippe le Hardi à son père Jean, à la bataille de Poitiers. Avancer, marcher, c'est marcher droit, c'est-à-dire ne pas tomber dans les travers, dans les excès, dans un sens ou dans l'autre, rester au "milieu", c'est-à-dire au sommet... lumineux !

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Tout, dans la vie, est relatif. Le tout et le rien ne sont pas de ce monde ! A celui qui a "tout" perdu", il reste quand même la peau et les os ! C'est le problème, justement, car c'est parce qu'il lui reste la peau et les os qu'il souffre d'avoir perdu le reste ! Perdre vraiment tout, c'est perdre aussi la vie, et alors on ne se rend plus compte qu'on a tout perdu, et pour cause ! Perdre vraiment tout, c'est donc, finalement, ne rien perdre.

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Pour nombre de nos contemporains, avoir une vie intérieure, c'est avoir des... problèmes : la vie intérieure est pour eux un signe de... dysfonctionnement mental ! L'homme sain d'esprit est celui qui n'a de vie qu'extérieure et de préoccupations que matérielles. L'homme normal est un robot dépensant (et non un roseau pensant) !

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14 décembre 2011

Pensées diverses 25

Nous pensons avec des mots, et si les mots ne sont pas justes, la pensée risque de ne pas l'être non plus. Le langage n'est pas le simple "habillage" de la pensée, mais son corps même : la pensée sans langage est aussi... virtuelle que l'esprit sans le corps. Bien sûr, il n'y a pas que le langage des mots; mais, d'une part, c'est sans doute le plus précis, d'autre part, sur Internet, sauf avec une web cam et encore, le langage des gestes et des yeux n'a pas cours !

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Le langage des mots n'est pas, comme on est tenté de le croire - d'autant plus qu'on ne le maîtrise pas -, le plus facile. C'est comme la guitare : il est très facile d'en jouer médiocrement, de "gratter", et très difficile d'en jouer bien. Bien parler, bien écrire, avec justesse et élégance, est bien plus difficile que de faire des gestes ou des regards !

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S'aimer, ce n'est pas se mélanger, mais s'accorder. il y a une différence diamétrale entre "mélanger" et "accorder" : mélanger deux personnes, c'est les dépersonnaliser, c'est-à-dire les détruire en tant que personnes; accorder deux personnes, c'est au contraire renforcer leurs personnalités, puisque la différence n'existe qu'en relation. Car n'y a pas de différence "en soi", de différence sans les autres. L'amour, le couple devrait être un moyen d'"être" davantage, et non l'inverse 

 

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06 décembre 2011

La lucidité et l'espérance

Concilier la lucidité et l'espérance - définition possible de la sagesse -, c'est voir les choses telles qu'elles sont en voyant en filigrane ce qu'elles pourraient et devraient être, c'est avoir conscience que les choses ne sont pas mais deviennent, que rien n'est figé, définitif, et que ce que nous faisons des choses compte au moins autant que ce qu'elles sont. Bref, que les choses sont finalement ce que nous sommes.

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27 novembre 2011

Le bonheur sans ombre est l'ombre du bonheur

Ce qui empêche d'être heureux, c'est d'opposer le bonheur au malheur, de viser un bonheur pur, exempt de difficultés, de contrariétés, d'épreuves, de peines, un bonheur aussi inconcevable qu'une médaille sans revers, que la lumière si tout n'était que clarté.

C'est nous qui faisons fuir le bonheur en refusant son ombre, car il est un et indivisible. Le bonheur se donne à qui le prend tout entier. Celui qui veut être heureux doit accepter la face cachée, la part d'ombre du bonheur, qui en est et qui en fait le prix.

Car non seulement l'ombre du bonheur ne le ternit pas mais il lui doit son éclat. C'est le bonheur sans ombre qui est terne, qui est l'ombre du bonheur.

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14 novembre 2011

Prières

Il faisait très chaud.  Plus incommodé par la chaleur que par le froid, je sentais le malaise venir. Il fallait absolument que je trouve un endroit frais pour… refroidir un peu. Je regardai autour de moi. Que des immeubles… et une petite église. Je ne suis pas chrétien, mais Jésus étant juif comme moi, je me sentais le droit spirituel d’entrer dans ce lieu sacré.

L’église était presque vide. Il n’y avait que deux hommes, à la même rangée ; une seule chaise les séparait. Ils priaient tous les deux, les mains jointes. Poussé par la curiosité – un de mes nombreux défauts –, je suis allé m’asseoir juste derrière eux. J’avais envie d’entendre ce qu’ils pouvaient bien demander au Seigneur, qui semblait les regarder du haut de sa croix…

Le premier, à ma gauche, portait des vêtements de prix et des lunettes haut de gamme. Tout en lui reflétait la prospérité, entre autres une certaine obésité de bon aloi, celle de ceux qui abusent de la bonne chère, très différente de l’obésité de ceux qui mangent trop de cochonneries. L’autre était, pour ainsi dire, son contraire. Sa veste élimée, le col crasseux de sa chemise, ses joues mal rasées… tout trahissait son humble condition, pour ne pas dire sa pauvreté. Il ne devait pas être loin de son seuil, s’il ne l’avait pas franchi dans le mauvais sens…

Je tendis l’oreille pour essayer d’entendre leurs doléances. La voix bien posée du premier me parvenait sans effort.

- Seigneur, j'ai un peu honte de vous demander une faveur : j’ai l’impression de trahir mon camp, ce camp où on prêche qu’il ne faut compter que sur soi-même… Enfin. Voilà. Je suis certes très riche, mais l’est-on jamais assez, surtout par les temps qui courent ? Qui peut savoir de quoi sera fait demain ? Bref, j’ai investi une très grosse somme dans une affaire aussi juteuse que risquée. Si ça marche, je double mon pactole, et j’aurai moins peur de l’avenir. Je vous demande, Seigneur, de veiller à la réussite de cette affaire. Je vous en serai éternellement reconnaissant…

Le second personnage avait peut-être attendu que le premier finisse pour commencer sa prière, car il l’entama tout juste après. Sa voix, sourde et un peu fêlée, était moins audible. Je dus ouvrir grandes mes oreilles pour l’entendre…

- Seigneur, je ne viens pas vous demander quelque chose : vous m’avez déjà tant donné. Vous m’avez donné la vie et le courage, la patience et la force d’endurer ses difficultés. Vous m’avez aidé à me tirer de tant de mauvais pas, à doubler tant de caps, à me relever chaque fois que je suis tombé, à rebondir tant de fois… Que vous demander de plus ? Je suis venu vous remercier. Merci, mon Dieu. Et portez-vous bien, car il en faut de la santé sans doute pour administrer votre Création et surtout vos créatures, si souvent ingrates, qui oublient toujours ce qu’elles vous doivent et jamais ce qu’elles croient que vous leur devez.

Puis l’homme se leva humblement. Je croisai son regard… humide et lui souris. L’autre refermait son manteau d’astrakan et sortit sans nous accorder un regard ni piper mot.

J’étais sidéré par ce que j’avais entendu. Ce petit homme mal fagoté et qui ne payait pas de mine était un grand monsieur. Et l’autre, un tout petit homme, et, de loin, le plus pauvre des deux.

 

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10 novembre 2011

Le paradis sur terre

Nos ancêtres croyaient au paradis, mais ils ne le situaient pas sur terre. Ils s'inventaient des histoires, mais ils savaient que c'étaient des contes à dormir debout. Nous nous mentons nous aussi à nous-mêmes, parce que nous craignons, comme eux, la vérité, mais nous n'avons pas leur humilité : nous voulant adultes, c'est-à-dire capables de regarder les choses en face, nous recouvrons nos illusions du vernis de la science et les nommons réalités. Les illusions de nos ancêtres leur faisaient oublier une réalité difficile; nos illusions à nous se sont substituées à cette réalité. Ils étaient schizophrènes, nous sommes devenus fous.

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04 novembre 2011

L'allié méconnu

Nous rêvons d'un monde sans mal, c'est-à-dire sans limites, d'un été sans hiver, d'un endroit sans envers... Mais ce rêve, c'est ce monde fini qui l'a suscité, c'est dans ce monde qu'il a un sens. Si le monde dont nous rêvons devenait réalité, et s'il n'y avait plus d'ombre, que serait, où serait la lumière ?

La vérité - qu'on peut trouver triste - est qu'il n'y a pas plus de bien sans mal que de médaille sans revers. Le mal n'est pas la négation du bien mais la condition de son existence. Il permet non seulement de le "percevoir" et de l'apprécier mais aussi et surtout de le produire et de l'accroître : c'est le moteur du progrès, de la création. Sans mal, nous n'avancerions plus et nous reculerions donc, jusqu'à disparaître. 

Le mal n'est pas un ennemi, c'est un allié méconnu. Plus on le reconnaît et plus il nous sert. Le sot se demande comment se délivrer du mal, le sage à quoi il peut servir. Et c'est en s'en servant qu'il s'en délivre, faisant d'une pierre deux coups : non seulement il se délivre (temporairement) du mal, mais il en tire profit.

 

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27 octobre 2011

Pensées diverses 24

La mémoire est la caisse de résonance de la conscience. Quand j'écoute Léo Ferré, par exemple, ce n'est pas seulement ma "sensibilité" qui me fait vibrer, c'est aussi et surtout tout ce que ses chansons évoquent pour moi, tout ce que j'ai vécu, senti, pensé, rêvé, lu, vu, etc. La sensation "pure" n'est que le noyau de la sensation épaissie et enrichie par sa résonance dans la mémoire. Si nous n'avions que notre "sensibilité", nos sensations seraient aussi neutres que sèches et ne mériteraient pas le nom de sensations, encore moins de sentiments.

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"Rien n'a l'air plus faux que le vrai et rien ne paraît plus vraisemblable que le faux" (T. Gautier). Il ne faut jamais se fier aux apparences, aux premières impressions : elles sont souvent trompeuses. La vérité est rarement visible à l'oeil nu. Il faut presque toujours gratter la surface des apparences pour la trouver. Celui qui ne croit que ce qu'il voit est bien naïf !

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On confond, aujourd'hui plus que jamais, lire et survoler : quand on survole, c'est plus sa propre pensée qu'on lit que celle de l'auteur !

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Qu'est-ce que l'amour si ce n'est le désir de faire plaisir à quelqu'un, de le rendre plus heureux ou moins malheureux ? Si ce n'est pas ça, alors c'est le contraire : le désir de se faire plaisir à soi-même, quitte à faire le malheur de l'autre. Cet amour-là ne mérite pas le nom d'amour : c'est seulement du désir, et je suis gentil !

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